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Honne / Tatemae : ce que le Japon m’a appris sur la vérité des images

  • Photo du rédacteur: laurentbarrera
    laurentbarrera
  • 28 juil.
  • 2 min de lecture

Au Japon, il existe un duo de mots aussi simples que vertigineux : honne (本音) et tatemae (建前).Le premier signifie ce que l’on pense et ressent vraiment, dans l’intimité de son cœur. Le second désigne la façade sociale, ce que l’on dit ou montre pour préserver l’harmonie.


🌿 Honne et Tatemae : une question de nuances, pas de mensonges

Au premier regard, nous, Occidentaux, traduisons souvent ce concept en une opposition brutale :la vérité contre l’hypocrisie.


Mais au Japon, c’est bien plus subtil. Le tatemae n’est pas un mensonge : c’est un voile de délicatesse, une manière de ne pas blesser inutilement, une politesse du monde.


Le honne, lui, est ce que l’on ne dit qu’aux plus proches, ou que l’on garde pour soi. Entre ces deux pôles, les Japonais naviguent avec une grâce discrète, un respect de l’espace de l’autre.

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📷 Et la photographie dans tout ça ?

On dit souvent que la photo ne ment pas.

C’est vrai, la lumière captée est bien celle d’un instant. Mais le cadre, le point de vue, l’ombre laissée hors-champ – tout cela est déjà une interprétation.


Chaque photographe compose son propre tatemae visuel. Il choisit ce qu’il montre et ce qu’il tait.

Le honne est là, dans l’émotion au moment de déclencher. Le tatemae est dans la manière de traduire cette émotion en image, avec retenue, avec respect, en laissant de l’espace au regard de l’autre.

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🌸 Tatemae du cadre, Honne du regard

Lorsque j’appuie sur le déclencheur, je sais qu’il y a deux voix dans mon geste :

  • Le honne, ce que je ressens vraiment.

  • Le tatemae, ce que je choisis de montrer pour que l’image ne soit pas une gifle, mais une offrande.

C’est une leçon que m’a donnée le Japon : on peut dire la vérité avec douceur.


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🙏 Une pratique humble

Prendre une photo, ce n’est pas arracher une image au monde. C’est une négociation silencieuse.

Comme au Japon, où l’on choisit ses mots pour ne pas heurter, on choisit son angle, sa lumière, sa distance.

Le tatemae n’efface pas le honne. Il le rend partageable.

Peut-être est-ce cela, au fond, mon travail : trouver un langage visuel qui respecte ce que je vois, tout en laissant à l’autre un espace pour y déposer sa propre émotion.


💡 Conclusion : une vérité voilée pour mieux la révéler


La photographie, comme le honne/tatemae, n’est pas qu’une question de vérité ou de mensonge. C’est une question de respect.

👉 Et si la photographie était, elle aussi, un art du tatemae ? Non pour cacher le réel, mais pour l’aborder avec délicatesse, et laisser filtrer – à travers ce voile de douceur – la lumière du honne.


 
 
 

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