Paul Cupido, Thierry Grizard… et cette question du "vide" en photographie
- laurentbarrera

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Il y a des rencontres qui ne se font pas directement, mais par textes interposés. C’est un peu ce qui se joue ici entre le travail de Paul Cupido et la lecture qu’en propose Thierry Grizard dans la revue Artefields.
J’ai lu avec beaucoup d’attention son article consacré à Cupido (Artefields, 2026). Un texte exigeant, fin, et fidèle à la ligne éditoriale de la revue : une critique qui ne cède ni à l’enthousiasme facile ni au rejet rapide. Une pensée qui regarde.

Et justement, regarder — c’est peut-être là que tout commence.
Une admiration assumée
Je le dis d’emblée : j’apprécie profondément le travail de Paul Cupido. Je l’ai d’ailleurs cité dans mon livre Esthétiques japonaises en photographie, précisément pour cette capacité qu’il a à faire affleurer quelque chose de fragile, d’instable, presque insaisissable.
Chez lui, l’image ne s’impose pas. Elle apparaît.
Il y a dans ses photographies une tentative sincère de s’approcher de notions complexes comme :
le Mu (le vide)
l’impermanence
une certaine forme de dépouillement du regard
Et cela, aujourd’hui, n’est pas anodin.
La lecture de Grizard : entre reconnaissance et distance
Ce que fait très justement Thierry Grizard dans son article, c’est de tenir une ligne délicate :
reconnaître la sincérité de la démarche, tout en interrogeant sa profondeur réelle
Sa formule — “l’honnêteté n’est pas la profondeur” — est à ce titre particulièrement éclairante.
Elle ouvre une question essentielle :
peut-on véritablement faire l’expérience du vide… ou seulement en produire une image ?
Le point de tension : expérience vs représentation
C’est ici que la discussion devient vraiment intéressante.
La photographie, par nature :
cadre
extrait
reproduit
Elle est toujours déjà une médiation.
Dès lors, que devient une notion comme le vide zen, qui suppose :
une pratique
une discipline
une transformation intérieure
Peut-elle survivre à sa traduction en image ?
Ou devient-elle inévitablement une forme esthétique — parfois juste, parfois appauvrie ?
Paul Cupido : entre geste et image
Grizard insiste sur l’idée de geste photographique, proche de la calligraphie.Un geste unique, sans retour possible.
C’est une lecture pertinente.
Mais elle contient aussi une tension implicite : la photographie contemporaine n’est jamais un pur geste
Elle est aussi :
sélection
édition
diffusion
circulation
Autrement dit :
entre l’instant vécu et l’image vue, il y a toujours un écart
Et c’est précisément dans cet écart que se joue le travail de Cupido.
Une tentative précieuse
Faut-il alors lui reprocher de ne pas être “assez zen” ?
Je ne le crois pas.
Ce qui me semble important, au contraire, c’est que son travail :
tente quelque chose
ouvre un espace
ralentit le regard
Dans un monde saturé d’images, cette tentative a une valeur réelle.
Même si elle reste, comme toute photographie, prise dans les limites du médium.
Une question ouverte (et nécessaire)
Au fond, la lecture de Grizard nous ramène à une interrogation plus large :
photographions-nous le vide…ou photographions-nous notre désir de vide ?
Et peut-être que la réponse importe moins que la tension elle-même.
En guise de conclusion
L’article de Thierry Grizard dans Artefields a le mérite de ne pas trancher brutalement.
Il installe un espace critique, où l’on peut à la fois :
admirer
douter
questionner
C’est exactement ce dont la photographie a besoin aujourd’hui. Et c’est aussi pour cela que des artistes comme Paul Cupido continuent de compter.
— Laurent Barrera



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