Après le hanami, le Japon à l’heure du kōyō

Au printemps, le Japon attend les cerisiers.
Du sud au nord de l’archipel, les bulletins météorologiques suivent la progression du sakura zensen, le « front de floraison des cerisiers ». On consulte les prévisions, on choisit un parc, on se retrouve sous les branches et l’on célèbre le hanami — littéralement, la contemplation des fleurs.
Mais l’automne possède lui aussi son calendrier, ses voyages et ses pèlerinages. Lorsque les premiers froids descendent de Hokkaidō vers Kyūshū, les Japonais suivent avec la même attention le changement de couleur des feuillages : le jaune lumineux des ginkgos et le rouge profond des érables.
Cette transformation porte le nom de kōyō, que l’on pourrait traduire par « feuillages d’automne ». La coutume consistant à partir à leur rencontre est appelée momijigari —, littéralement « la chasse aux érables rouges ».
Il ne s’agit pourtant pas de capturer quoi que ce soit. La chasse est ici celle du regard : partir à la recherche d’un lieu, d’une lumière et de ce bref instant où la nature semble s’embraser avant de se dépouiller.
Du jaune des ginkgos au rouge des érables
Deux arbres incarnent particulièrement l’automne japonais.
Le ginkgo, ichō en japonais, se couvre d’un jaune presque solaire. Dans les villes, ses longues avenues transforment les trottoirs et les jardins en tapis d’or. Arbre très ancien, étonnamment résistant, il évoque à la fois la permanence et la capacité de renaître.

Les érables japonais, regroupés sous le nom de momiji ou kaede, offrent une palette différente : jaune orangé, cuivre, écarlate, pourpre. Leurs feuilles découpées apparaissent souvent autour des temples, dans les jardins et sur les pentes boisées. À Kyoto, certaines illuminations nocturnes prolongent leur contemplation jusque dans l’obscurité, lorsque les feuillages se reflètent dans les étangs.
Comme les fleurs de cerisier, ces couleurs doivent leur beauté à leur fragilité. Elles ne durent que quelques jours à leur apogée. Une pluie forte, une rafale de vent ou une baisse brutale des températures suffit parfois à faire disparaître ce que l’on était venu admirer.
Le hanami célèbre l’apparition de la vie. Le momijigari contemple son lent retrait.

Le calendrier prévisionnel de l’automne 2026
Le 2 septembre 2026, la Japan Meteorological Corporation a publié ses premières prévisions pour les ginkgos et les érables dans près de 700 lieux à travers le pays.
La coloration progressera du nord vers le sud, mais aussi des montagnes vers les plaines. L’altitude peut donc avancer considérablement la saison par rapport aux dates annoncées pour les grandes villes.
Voici quelques dates prévisionnelles pour 2026 :
Ville | Ginkgos jaunes | Érables rouges |
Sapporo | 6 novembre | 7 novembre |
Aomori | 6 novembre | 13 novembre |
Kanazawa | 10 novembre | 30 novembre |
Nagano | 14 novembre | 21 novembre |
Hiroshima | 20 novembre | 28 novembre |
Osaka | 24 novembre | 4 décembre |
Tokyo | 26 novembre | 29 novembre |
Kyoto | 27 novembre | 11 décembre |
Fukuoka | 27 novembre | 7 décembre |
Kagoshima | 27 novembre | 10 décembre |
Ces dates correspondent au moment où la majeure partie des feuilles de l’arbre de référence devrait avoir changé de couleur. Elles ne constituent donc pas une journée unique à viser, mais le centre approximatif d’une période favorable.
L’automne 2026 devrait rester plus chaud que la moyenne dans une grande partie du Japon. Les colorations sont ainsi attendues à des dates normales ou légèrement plus tardives, notamment dans certaines régions du nord et de l’est. Ces prévisions seront actualisées au début du mois d’octobre et pourront évoluer selon les températures.
Une géographie mouvante de la beauté
Suivre le kōyō, c’est accepter que le paysage japonais ne se donne jamais partout au même moment.
Dans les montagnes de Hokkaidō et des Alpes japonaises, les premières couleurs peuvent apparaître dès septembre ou octobre. Elles descendent ensuite vers les vallées et les villes. Tokyo, Kyoto, Osaka ou Fukuoka doivent souvent attendre la fin novembre, voire le début du mois de décembre.
Le voyageur ne poursuit donc pas seulement un lieu : il poursuit une saison en mouvement.
Il peut découvrir le jaune des ginkgos dans une avenue de Tokyo, le rouge des érables autour d’un temple de Kyoto, les pentes embrasées de Miyajima ou les feuillages tardifs de Kyūshū. Chaque région possède son propre rythme, déterminé par la latitude, l’altitude, les températures et l’exposition.
Contempler ce qui passe
Le hanami et le momijigari expriment une même sensibilité japonaise : l’attention portée aux changements presque imperceptibles du monde.
Au printemps, les fleurs nous rappellent que toute naissance contient déjà sa disparition. En automne, les feuilles montrent que le déclin peut lui aussi devenir lumière.
Le rouge et l’or ne sont pas beaux malgré leur disparition prochaine. Ils sont beaux parce qu’ils vont disparaître.
Contempler les feuillages d’automne, ce n’est donc pas seulement admirer un spectacle naturel. C’est apprendre à reconnaître l’instant où une chose atteint sa plénitude, juste avant de s’effacer. Une leçon discrète, profondément liée à l’esthétique japonaise de l’impermanence.
Après avoir attendu les fleurs au printemps, le Japon attend ainsi les feuilles en automne. Deux saisons, deux mouvements contraires, mais une même invitation : être présent lorsque la beauté survient, car elle ne demeure jamais longtemps.
Prévisions publiées le 2 septembre 2026 par la Japan Meteorological Corporation. Les dates restent susceptibles d’être modifiées selon l’évolution des conditions météorologiques.



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