Lauréat du concours photographique «Solitude Insulaire» à l'Abbaye de La Celle

Une de mes photographies réalisée au Japon et inspirée par les esthétiques japonaises, vient d'être récompensée par un jury présidé par le photographe Klavdij Sluban.
C'est avec une immense joie que j'ai appris que ma photographie Meoto Iwa — Le lien invisible avait remporté le concours photographique organisé autour de l'exposition Solitude Insulaire, présentée à l'Abbaye de La Celle, dans le Var.

Le jury, réuni le 13 octobre 2026 sous la présidence du photographe Klavdij Sluban, a distingué cette photographie en noir et blanc réalisée au Japon.
Cette reconnaissance me touche particulièrement, tant par la personnalité du président du jury que par la proximité entre le thème de l'exposition et les recherches photographiques que je mène depuis plusieurs années autour des paysages japonais, de la spiritualité et de la perception.

Meoto Iwa : photographier ce qui nous relie
Au Japon, les Meoto Iwa, littéralement les « rochers mariés », sont deux rochers sacrés situés au large de Futami, près d'Ise, dans la préfecture de Mie.
Reliés par une imposante corde sacrée appelée shimenawa, ils symbolisent traditionnellement l'union et les liens qui unissent deux êtres. Dans la tradition shintō, cette corde marque également la présence du sacré et la séparation symbolique entre le monde ordinaire et l'espace consacré.
Lors de ma visite, j'ai choisi de photographier ce lieu d'une manière volontairement dépouillée.
Plutôt que de représenter les deux rochers dans leur ensemble, comme ils apparaissent habituellement sur les photographies touristiques, j'ai isolé l'un d'eux dans le cadre, laissant la corde sacrée se prolonger vers le second rocher, devenu invisible.
La silhouette sombre du rocher, surmontée d'un torii, se détache sur un ciel immense. À l'arrière-plan, les montagnes s'estompent progressivement dans la brume, tandis que la mer occupe la partie inférieure de la composition.
Cette photographie repose ainsi sur un paradoxe : un rocher semble solitaire, mais demeure profondément relié à une présence que l'on ne voit pas.
C'est cette idée que j'ai souhaité exprimer dans le texte accompagnant ma candidature :
« Voyager, c'est partir vers l'inconnu sans jamais perdre le fil de ce qui nous relie. »
Les esthétiques japonaises au cœur de la composition
Cette photographie s'inscrit dans une réflexion que je développe également dans mes ouvrages consacrés aux esthétiques japonaises et à la photographie contemporaine.
Plusieurs notions traditionnelles ont guidé, consciemment ou intuitivement, la construction de cette image.
Le ma (間), l'intervalle et l'espace
Le vaste ciel presque uniforme occupe une place essentielle dans la composition. Loin de constituer un espace vide à remplir, il permet au rocher et au torii d'exister dans une forme de silence visuel. Cet espace libre donne à l'image sa respiration et renforce le sentiment d'isolement.
Le yūgen (幽玄), la profondeur mystérieuse
Les montagnes lointaines disparaissent progressivement dans la brume. Le second rocher, absent du cadre, n'existe que par la corde qui le relie au premier. Cette présence suggérée plutôt que montrée rejoint la sensibilité du yūgen, qui privilégie l'évocation et le mystère à la représentation explicite.
Le kanso (簡素), la simplicité et le dépouillement
La composition se limite à quelques éléments : un rocher, un torii, une corde, la mer et des montagnes. Le noir et blanc renforce cette économie de moyens, en privilégiant les masses, les contrastes et les nuances de gris.
Le miegakure (見え隠れ), ce qui apparaît et disparaît
Cette notion, associée notamment à l'art des jardins japonais, prend ici une dimension particulière. Le second rocher demeure hors champ, mais sa présence est suggérée par la corde sacrée. Le spectateur est invité à imaginer ce qui échappe à son regard.
Ces différentes sensibilités ne constituent pas une simple référence culturelle. Elles participent à ma manière de regarder et de composer une photographie, en accordant autant d'importance à ce qui est absent qu'à ce qui est visible.
La solitude comme présence du lien
Le thème Solitude Insulaire m'a immédiatement intéressé par les possibilités d'interprétation qu'il offrait.
Une île est, par définition, une terre séparée des autres par l'eau. Mais cet isolement géographique n'implique pas nécessairement une absence de relations.
Avec les Meoto Iwa, j'ai souhaité explorer cette ambiguïté.
Le rocher photographié paraît seul, presque abandonné au milieu de la mer. Pourtant, la corde qui traverse l'image rappelle l'existence d'un autre rocher, d'une autre présence.
La solitude n'est donc pas ici une rupture, mais une distance traversée par un lien.
Cette lecture dépasse la seule symbolique des rochers mariés. Elle peut évoquer l'éloignement, le voyage, la mémoire, l'attachement ou encore ces relations qui continuent d'exister malgré l'absence.
En photographie, ce qui demeure hors du cadre peut parfois devenir aussi important que ce qui est représenté.

Une distinction sous la présidence de Klavdij Sluban
Recevoir cette distinction d'un jury présidé par Klavdij Sluban représente pour moi une reconnaissance particulièrement précieuse.

Photographe franco-slovène de renommée internationale, Klavdij Sluban développe depuis plusieurs décennies une œuvre singulière, marquée par le voyage, les territoires éloignés, les paysages intérieurs et une maîtrise remarquable du noir et blanc.
Ses photographies accordent une place essentielle aux atmosphères, aux ombres et aux espaces de solitude.
Cette sensibilité trouve un écho dans mes propres recherches photographiques, même si nos parcours et nos démarches demeurent différents.
J'ai eu le grand plaisir de recevoir mon prix à l'Abbaye de La Celle et de repartir avec un ouvrage personnellement dédicacé par Klavdij Sluban, souvenir particulièrement émouvant de cette rencontre.

Je tiens à remercier chaleureusement l'artiste, les membres du jury ainsi que toute l'équipe de l'Abbaye de La Celle et du Département du Var pour cette distinction, leur accueil et leur engagement en faveur de la photographie.
Un prolongement de mon travail sur le Japon
Cette récompense intervient dans une période particulièrement importante de mon parcours de photographe et d'auteur.
Mon ouvrage Les Arbres sacrés du Japon, qui sortira le 5 novembre 2026 aux éditions Sully – Le Prunier, explore les relations profondes qui unissent les Japonais à la nature, aux arbres remarquables et aux traditions spirituelles qui leur sont associées.
À travers mes livres comme dans ma pratique photographique, je m'intéresse à la manière dont les esthétiques japonaises peuvent renouveler notre regard sur les paysages et sur les éléments les plus simples de notre environnement.
Les Meoto Iwa s'inscrivent naturellement dans cette recherche.
Un rocher, une corde, un ciel silencieux : quelques éléments suffisent parfois à suggérer une histoire, une présence ou une émotion.
Cette photographie primée m'encourage à poursuivre ce travail, à la rencontre d'un Japon où les paysages ne sont jamais tout à fait séparés de la mémoire, des croyances et de la sensibilité humaine.

Une exposition à découvrir jusqu'au 1er novembre 2026
L'exposition photographique « Solitude Insulaire » est présentée à l'Abbaye de La Celle, un remarquable ensemble patrimonial situé au cœur du Var.
Elle se poursuit jusqu'au 1er novembre 2026.
Une belle occasion de découvrir le travail photographique de Klavdij Sluban dans ce lieu chargé d'histoire.

Informations pratiques
Abbaye de La Celle16, place du Clastre83170 La Celle — Var
Site internet : https://abbayedelacelle.fr/
Laurent Barrera — Photographe et auteur
Auteur de Les Arbres sacrés du Japon, éditions Sully – Le Prunier (2026).
Photographie : Meoto Iwa — Le lien invisible, Japon. Lauréate du concours photographique Solitude Insulaire 2026.



Commentaires